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Nouvelles - Dernières Nouvelles
Écrit par Gaston Lepage   
Lundi, 06 Septembre 2010 10:03

Le roi Salmo

Je crois que je ne vous ai pas fait encore part de ce joli voyage de pêche de l'an dernier (juin 2008) sur la Moisie. Comme la pêche s'en vient, pourquoi ne pas vous mettre un peu l'eau à la bouche..... 
Hé bien voici : 

(Photos Mario Janelle  et Gaston Lepage) 

Ha vous dire, boys and girls, comment se sont passées les vacances jusqu’ici!!!! Vous savez, j’aime la pêche, et j’avais quelques voyages de prévus pour la pêche au saumon, entre autres sur la Moisie au mois de juin. Comme à l’habitude, je devais m’y rendre en hélicoptère en compagnie de mon copain Mario. Patrice L’Écuyer et Louise viendraient nous rejoindre pour la partie de pêche qui s’annonçait assez pas mal jolie, d’après mes informations auprès des pêcheurs Sept-Ilois…. 
 

Le jour J arrive enfin. J’ai pris la météo pour les deux prochains jours, et il semble que nous devrons devancer notre départ en hélicoptère d’une journée, parce qu’on annonce de la merde le dimanche 22 juin. 

Mario est d’accord et nous nous rencontrons à la maison, il est 9 h 30 min et le temps est radieux. J’ai pris la dernière météo de la Côte Nord ce matin, et c’est VFR partout. 
On décolle vers dix heures. J’ai donné rendez-vous à un collègue pilote aux Ailes québécoises afin de lui refiler à vil prix une paire d’écouteurs dont je ne me sers plus. La première partie du voyage se fait aisément, mais à une quarantaine de milles de Québec, le plafond descend comme un dessous d’escalier de cave, et c’est sous la restriction d’un VFR spécial que nous posons les patins à Québec. 

 

Curieux, je ne m’attendais pas à ça… surtout après avoir consulté la carte météo avant de partir. L’ami Bernard prend possession de ses écouteurs. Bernard vient de commencer son cours de pilotage, et il est bien excité par la chose, quoiqu’en ce mois de juin, avec l’été de Caën que nous refile le diable, il ne peut pas beaucoup s’adonner à son plaisir non coupable. 

Aux Ailes, ils ont un ordi, et je consulte encore une fois la carte météo sur internet. L’enfer! Mon univers est devenu IFR. Toute la Côte, à partir du Cap Tourmente est une litanie de brume, d’averses, d’orages et de visibilités nulles. Je n’en crois pas mes yeux. J’appelle la FSS au téléphone et je demande des explications à mon frère. Le gars de la FSS n’est pas vraiment mon frère, mais je lui parle tellement souvent de ce temps là, que j’ai l’impression qu’il fait partie de ma famille. Il est tout aussi déboussolé que moi. Il n’en revient pas. Il déplore d’avoir chaque jour à donner de mauvaises nouvelles météorologiques, et me dit que malheureusement, ça va être comme ça pour encore au moins une semaine! Je me pince l’oreille pour vérifier que j’entends bien; j’entends très bien et ça fait mal d’entendre ça. Bon, il n’y a pas trente-six solutions. Je ne veux absolument pas rater cette pêche au saumon. Il faut vous dire qu’une pêche au saumon, ça ne se remet pas. La réservation est faite pour tel jour, et c’est ça qui est ça. Si vous n’êtes pas là… c’est ça qui va rester ça. Nous, on a trois jours. On ne veut pas les manquer. On réfléchit profondément à tous les plans B qu’on pourrait prendre : abandonner l’hélicoptère aux Ailes et continuer avec une voiture louée, ou se louer une verchère et se laisser descendre sur le fleuve jusqu’à Sept-îles, mais on n’est pas prêts à faire l’effort de ramer tant que ça pour revenir; faire du pouce aussi nous passe par l’esprit, mais étant donné que nous avons tous nos bagages de pêche et ceux de Louise, il n’y a qu’un camion de déménagement qui pourrait nous faire monter. 
Devant l’évidence, nous optons pour le plan Z, et nous nous résolvons à retourner à Mourial pour prendre la voiture hybride de Mario. Hybride, non pas parce qu’elle en vole des bouts et en roule d’autres, mais parce qu’elle fonctionne à l’électricité et à l’essence. 
Finalement, il est 3 heures de l’après-midi quand nous appareillons sur 4 roues pour les 12 heures de route en direction de Sept-Îles. Nous avons conclu de nous rendre aussi loin que possible aujourd’hui, de coucher à l’hôtel et de continuer le lendemain. Après tout, nous avons une journée d’avance avant la pêche. 
 

L’autoroute 20 est belle, quoique plate comme une planche à repasser et il fait beau. Mario en sera à sa seconde expérience de pêche au saumon. La première fois, c’était en Ungava, près de Kuujjuaq, il y a quelques années. Il avait pris son premier saumon avec une canne à mouche à truite et bas de ligne de 2 livres. Inutile de vous dire qu’il avait été très très gentil sur la manœuvre, et avait fini par capturer ce 8 livres en guise de baptême. 

 

Il est bien excité à la pensée de se mesurer encore une fois à Salmo. Mais cette fois, il est équipé comme un pro, et a bien hâte d’étrenner ses outils. 

Chemin faisant, nous remarquons, qu’au lieu de se gâter, la météo reste belle, même passé le Cap Tourmente, la visibilité est illimitée et le ciel reste clair. Plus nous longeons la côte vers Tadoussac, plus je me dis que je me suis fait passer le sapin du siècle par mon frère de la FSS. Ce n’est qu’en arrivant vers St-Siméon que le ciel se couvre rapidement, que la brume s’installe en moins de temps qu’il n’en faille pour crier kchenilchordamentelpoutrantis, un mot qui de toute façon ne veut rien dire, et que des averses de pluie commencent à tomber. Mais rendu au traversier de Baie Ste-Catherine-Tadoussac, la météo n’est pas si pire. Et s’insinue dans ma tête la certitude, qu’avec mon tapis magique, j’aurais peut-être pu contourner les averses rencontrées. 

 

J’empoigne mon iFun et je téléphone à mon frère. Il me certifie qu’en ce moment, c’est zéro-zéro à Forestville et à Baie Comeau, et en dessous de zéro à Sept-Îles. J’ai peine à le croire, mais j’y suis bien obligé. On traverse à Tadoussac. Il est bien 20 heures, heure avancée de l’Est, et nous décidons de nous installer dans un hôtel de la région, et d’aller nous payer un snac au magnifique hôtel Tadoussac. Très bon la bouffe, et très accueillants les employés. Une bonne petite bouteille de derrière la boîte à bois, et on va se coucher. 
Nous repartons le lendemain vers 9-10 heures. On a le temps. L’avion de Louise et Patrice qui eux, ont eu l’intelligence de réserver un billet longtemps à l’avance chez Air Canada, arrivera vers 17 h 30 min et on ira les chercher à l’aéroport, puisqu’on a une voiture. 

Heille, c’est long la route de Montréal-Sept-îles !!! C’est la première fois que je la fais au complet en voiture, puis je trouve ça trrrrrrrès long. Les prédictions de mon frère se concrétisent et nous traversons des averses de pluie importantes, combinées à des bancs de brume dégueue, et il devient évident que je n’aurais jamais pu faire tout le chemin en vol VFR. Et nous enfilons les kilomètres comme les grenouilles de bénitier enfilent leur chapelet, et nous parvenons aux sept îles, mieux connues sous le vocable du même nom, mais avec des lettres majuscules et un trait d’union. 

Nous cueillons Patrice et Louise comme prévu à l’aéroport presque international de Sept-îles, toujours dans la brume, et nous nous dirigeons vers l’hôtel Sept-îles. 

 

J’essaie le plus précautionneusement possible, en usant de marivaudages calqués sur certains auteurs de théâtre classique, d’informer ma dulcinée du Toboso que par une étourderie très inhabituelle chez moi, j’ai oublié sa canne à pêche dans la chambre de l’hôtel à Tadoussac. Elle me fusille du regard. Je la calme en lui disant que je vais lui prêter une de mes cannes chanceuses à moi, et j’ajoute pendant que la tension baisse, que j’ai aussi oublié ses bottes, mais que je l’aime quand même nus pieds. Elle ne peut résister à cette sorte de lien absurde et me pardonne. D’autant plus que j’ai appelé à l’hôtel, aussitôt que je me suis aperçu de ma distraction, pour qu’on m’envoie de la façon la plus magique possible, la baguette de ma fée des saumons, et ses bottes de sept rivières aussi, tant qu’à y être ! 

Nos copains Lynch et Girard, le président et l’ex-président de l’Association de Protection de la Rivière Moisie, ceux-là mêmes qui ont sauvé la rivière des griffes d’Hydro-Québec après un combat qui a duré presque 25 ans, sont encore sur la rivière, à la pêche. Ils viendront nous rejoindre au restaurant. Ils y arrivent, affamés, fourbus, mais heureux, vers 21 :30 avec d’autres amis et conjointes que nous avons le bonheur de fréquenter depuis plusieurs années. C’est notre groupe de chouettes copains le plus au nord-est de la province. Ils ont fait patate aujourd’hui à la pêche, mais c’est probablement parce qu’on était pas arrivés… La pêche, pour nous, commence demain dans le secteur Wintrop Campbell. Tom va guider Louise et Mario, et c’est Bernard Lynch, l’actuel président de l’APRM, qui nous guidera, Patrice et moi. 

 

 


Et je suis particulièrement content. 
Ça fait bien deux ans que Patrice et moi n’avons pas pêché ensemble, deux ans que nous n’avons pas capoté ensemble sur un saumon qui lève sur la mouche, bref, deux ans que nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de nous voir. 

 

Ça commence calmement sur la fosse 4 en cette veille de la St-Jean Baptiste. Et même si Bernard positionne le canot sur la fosse aussi finement qu’un gondolier de métier, il n’y a pas beaucoup d’action. Le saumon se fait désirer. Et puis tout à coup, deux ou trois se manifestent, et trahissent leur position. Mais impossible de les amadouer d’aucune façon. Même résultat pour Louise et Mario dans l’autre canot. Nous dînons chez madame Paulette qui habite le long de la rivière. Il n’y a pas si longtemps, c’est elle qui dirigeait les destinées du célèbre 13.5 de la Moisie. On surnommait aussi cet endroit « pisciculture » tellement le saumon y était abondant. Les pêcheurs venus de partout à travers le monde payaient une petite fortune quotidiennement pour s’octroyer le droit d’y baigner leurs mouches. Depuis quelques années, elle a délaissé la direction de l’entreprise, et elle se consacre à autre chose. Entre autres, à nous faire manger somptueusement dans son petit chalet de la Moisie. Paulette est une femme admirable, une des rares membres du club des 16-20. Ce club regroupe les quelques personnes sur cette planète qui ont été capables de prendre un saumon de 20 livres et plus avec une mouche numéro 16. Imaginez-vous le duel ! Et le sien en août 1984 faisait pas moins de 31 livres!!!!! 

 

Après une petite sieste, nous repartons tous, l’espoir au cœur, et le poignet fringant. Nous changeons de fosse cependant. On nous a attribué la… me souviens plus de son nom, pour la fin de la journée . Selon Bernard, nous sommes à un pied d’eau du bonheur. Il faut savoir que, comme pour à peu près toutes les rivières, certaines fosses sont meilleures que d’autres à différentes profondeurs. Et notre fosse de cet après-midi est en eau un peu haute. Le vent rentre du large, et la brume s’installe. Y a-t-il quelque chose de plus épais que cette brume là? Je ne suis pas sûr. Celle-là a tout de la consistance de la bouse mais heureusement n’en n’a pas l’odeur. 

 

Les conditions climatiques ne sont pas fameuses, et le découragement cogne sur le canot. Et pourtant, là ! Un bouillon vient de se produire à l’arrière du bateau ! Comme c’est au tour de Patrice de pêcher, il y va de toute sa science, et clac ! Salmo prend la mouche! Il ne sait pas à qui il a affaire. En plus d’avoir le cul bordé de nouilles, il sait y faire le Patrice; si bien que quelques minutes plus tard, il triomphe et gracie sa prise. 
 


Pour ma part, je ne ferai pas grand-chose ce jour-là, même si Patrice me laisse tout le temps de pêche restant. Il n’y a pas un saumon qui veut de mes mouches, et je me sens très seul. Je suis l’Ovide Plouffe de la pêche : « Y’a pas de place, nulle part, pour tous les Gaston Lepage saumonier du monde entier! » 

La journée se termine dans le schwartz de brume à la nuit tombante. Suit le souper bien arrosé chez Bernard et Vicky, et les « j’aurais donc dû » d’usage. Demain est un autre jour, et il pourrait s’avérer extraordinaire, puisque nous irons sur la mythique fosse du 12.5, le secteur APRM… Ça prend pas grand chose pour requinquer un passionné de la pêche au saumon. Un petit espoir, une nouvelle promesse, et me te le v’là remonté ! 

Nous nous réunissons dès l’aube au restaurant de l’hôtel. La brume est toujours aussi épaisse qu’une blague de Mike Ward. 

 

On se demande comment on va rentrer au 12.5. Habituellement, nous y parvenons en hélicoptère, après un vol de quatre minutes et demi moins trois tic-tac. 

 

Mais actuellement, les conditions sont tellement mauvaises, qu’une chienne ne reconnaîtrait pas ses chiots à 4 pouces. C’est dit, nous irons à pied. En fait, environ trois quarts d'heure en camion puis une petite demie-heure de marche dans la pluie. Le temps est chaud et humide, il ne pleut plus, et nous suons comme les chutes Niagara quand elles ont très chaud, en dégravissant la montagne jusqu’à la fosse (si on peut gravir, j’imagine qu’on peut aussi « dégravir » ?. 

Près de la grosse ligne électrique, nous croisons notre pilote, celui-là même qui devait nous rentrer sur la fosse. Il revient d’une pourvoirie où il a dû coucher la veille, faute de bonne visibilité. 

 

 

Rendu à la fosse, il s’y trouve un chouette petit camp, un abri où on peut s’isoler des mouches noires, manger au sec et se chauffer au besoin. 

 

On peut même se taper un beau petit roupillon si on a la conscience tranquille du devoir accompli. L’endroit est très prometteur. D’autant plus que la pluie a cessé et qu’on voit des marsouinages partout comme rarement j’en ai vu. C’est sûr, la fausse est infestée! La température de l’eau frôle la perfection, et la couche nuageuse qui demeure nous sert. C’est moi qui partirai le bal. À cet endroit, on peut pêcher du bord, bien sûr, on peut aussi pêcher d’un îlot de sable submergé quand l’eau n’est pas trop haute, mais l’endroit pour lequel chacun attend son tour avec impatience, c’est le canot gonflable. Il faut d’ailleurs être gonflé pour s’aventurer au milieu de ce torrent très fort, s’y ancrer, et faire semblant d’y être tout à fait à l’aise. Mais, à partir de ce canot gonflable, toute la fosse vous est offerte, y compris le pourtour de cette grosse roche qu’on appelle affectueusement « La Baleine », difficile à atteindre de la berge, et tellement productive quand on a le bonheur de faire la présentation adéquate avec la mouche du jour. 
Patrice qui s’est installé sur une grosse roche près de la berge lance un premier cri de victoire, un mélange du cri du célèbre Richard Adams de la Matapédia, et d’une hyène africaine. Voilà donc que le copain Patrice a ferré son deuxième saumon du voyage à la sèche. 

 

 

Ce saumon a sûrement suivi un cours intensif au Cirque du Soleil , parce qu’il saute comme s’il était monté sur un « spring ». 

 

Qu’à cela ne tienne. Patrice enlève son imper qui le fait un peu suer en ce moment et résiste aux assauts de la bête. Tant et si bien qu’à la fin elle abandonne pour le temps d’une petite photo de circonstance. 

 

De mon côté, j’ai observé toute la scène à partir du bateau, et je trouve que le Patrice prend pas mal d’avance. Je me remets à l’ouvrage; ça ne tarde pas, un compère de l’autre attendait ma mouche, mais je suis trop excité et je lui retire de la gueule en ferrant trop rapidement. Je suis certain qu’il y en a d’autres. Quelques bégueules montent sur ma sèche, mais la ratent, puis finalement un plus fin que les autres la happe pour de vrai, juste derrière la Baleine, et le voilà prisonnier d’un crochet d’une fraction de milligramme. Cette fois, je l’ai ! 

 

Il me donne un peu de fils à retordre, mais j’aime bien le tricot, et au bout de quelques minutes, je ramène mon petit sous-marin. On dirait qu’ils ont tous été coulés dans le même moule. Il est de la même grosseur que celui de Patrice. Bernard retire l’ancre et nous nous rendons sur la berge pour finir le travail. J’attire à moi le vlimeux. Je suis heureux comme un roi, ou comme un pape, mieux, je suis heureux comme un roi-pape ! 

 

On prend la petite photo d’usage, deux secondes hors de l’eau, puis il retourne raconter à ses congénères une histoire invraisemblable àa propos d’un gars avec un large chapeau en peau de crocodile et plusieurs grandes dents, qui lui a donné l’écaille de poule, bref la peur de sa vie! Il jure qu’il ne gobera plus jamais aucune mouche. Elles sont vraiment plus musclées que celles qu’il avalait comme des chips du temps qu’il était saumoneau…. 

 

 

Mario prend place dans le canot pneumatique avec Tom et il va s’installer à l’avant de la fosse. Il a très hâte. Et ça ne tarde pas non plus de son côté. Un saumon étrenne déjà sa canne neuve après quelques lancers seulement. Un énergumène, qui était sûrement parti au petit coin pendant que mon saumon racontait son histoire de fou, prend la noyée de Mario. On est vraiment au cœur de la production. De plus, jusqu’ici, on n’a fait qu’effleurer le bord amont de la fosse. Ça va sûrement être terrible quand on va descendre un peu. Mario ramène son saumon, puis la même histoire se répète, il connaît la grâce, lui aussi. 

 

 


Suit Louise dans la chaloupe. Depuis notre arrivée. Elle a pêché de la berge, mais s’est fait seulement baver par quelques énergumènes qui venaient lui marsouiner dans la face tout en refusant sa mouche. 
Elle aura probablement plus de chance à partir du bateau gonflable. Et effectivement, elle en ferre un… qui malheureusement s’échappe tout de suite. Elle se remet à l’ouvrage, et rebelote, elle en ferre un deuxième, mais lui aussi finit par s’échapper au moment où le canot va accoster. Elle est bien déçue ma déesse à soie, et je le suis tout autant pour elle. Ne te décourage pas ma pounette, la journée est encore jeune et c’est bourré de saumons par ici…. 

De mon côté, à partir de la berge, sautant de roche en roche je m’amuse comme un cornichon dans le vinaigre de vin. Je vais de la sèche à la noyée, et je lève les saumons les uns après les autres, mais n’en ferre aucun. Le spectacle de la bête qui monte voir la mouche mais ne la prend pas, ou la manque carrément parce qu’elle est emportée par le courant, est superbe à voir, et m’excite les glandes endorphines. J’entends déglutir mes neurones. Et pendant que ma production de morphine naturelle est à son plus haut niveau, c’est le temps de dîner. 

Les repas dans ce petit abri sont toujours très conviviaux, et nous y allons de bonnes aventures de pêche passées, souvenirs impérissables des grandes amitiés. Il faut aussi penser à celles à venir. By the way, Louise n’a pas encore réussi à séduire un saumon aujourd’hui. Et nous n’avons pas encore engagé ce que nous appelons « le combat extrême ». Ce combat oppose deux pêcheurs ou plus. Pendant 5 minutes un premier pêcheur tente de prendre un saumon, et lance sa ligne à l’eau au hasard de son instinct, avec la mouche de son choix. Si le saumon lève sur la mouche mais ne la prend pas, le saumonier passe la canne à un autre pêcheur qui tente à son tour de déjouer le saumon qui a trahi sa présence. Il a le choix de changer de mouche ou de garder la même, mais la chance lui est donné de prendre ce saumon. Si après 5 minutes, le saumon ne s’est pas manifesté, le pêcheur passe la canne à un des autres « pugilistes », et ainsi de suite. 
Peu après le dîner, nous engageons donc le combat entre Patrice, Bernard et moi. La tension est à son comble. Je tiens le temps, et je suis très strict. Après quelques lancers, un saumon monte sur la mouche de Patrice, mais il ne la prend pas. C’est à mon tour… Ventre Saint-Gris, je ne parviens pas à le faire lever une seconde fois; vient le tour de Bernard qui fait chou blanc lui aussi. Puis Patrice, le Saint-François D’Assise du saumon, qui le fait lever encore une fois, mais sans plus. C’est mon tour, je demande à changer de mouche. Mon idée, c’est de surprendre le saumon qui est monté deux fois avec un nouvel appât ; mais ça ne sert à rien, mon temps s’écoule sans que je puisse faire bouger l’ostrogot. Bernard prend la canne. Il lance quelques coups, puis gloup! Le saumon happe la mouche. Le grand vainqueur, Bernard ! Bien sûr, le saumon retournera tout à l’heure à sa fosse. 

 


……… 
Du côté de Louise, c'est un peu plus compliqué. Le sort s'acharne comme un rayon de soleil sur une insolation. Mais elle s’amuse quand même. Puis finalement, en après-midi, à force de patience, elle en ferre un d'aplomb! 
Jusqu'ici, elle en a fait lever plusieurs, ferré plusieurs aussi, mais le destin lui réservait chaque fois quelques mauvais tours de son cru. Peu importe. Vous n'avez jamais vu ma blonde sur le bord d'une rivière à saumon ? Elle est aussi déterminée qu'un Pitbull entraîné à l'attaque! Enfin, sa constance porte fruit, et elle réussit, la bave aux lèvres Wink à se faire croquer le portrait avec le fruit de sa persévérance. 

Toute une journée ! Mémorable pour chacun de nous. Même si nous avons déjà pêché cette fosse et connu de nombreux moments gratifiants, formidables et hors du commun par les années passées, ce que nous vivons aujourd'hui est au-delà du réel de la pêche au saumon, et ça se passe comme dans un rêve. Cette journée-là, à quatre pêcheurs, nous avons gracié 7 saumons et en avons échappé plusieurs autres, au moins deux ou trois chacun. Une journée mémorable je vous dis. 

Nous nous faisons une joie de retourner au même endroit le lendemain, mais les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Trop de soleil en ce troisième jour. Ça gâte la sauce. Le saumon coopère moins. Une couple seulement…. Je pense qu’on est un peu gâtés Wink Le croiriez-vous ? 

Ha! La pêche au saumon, quelle maladie ! 

 


 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour le Samedi, 13 Décembre 2014 11:59